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La qualité des sols dans les projets d’agriculture urbaine et leurs apports en services écosystémiques

Le sol est souvent conçu uniquement comme le support de la production agricole. Toutefois, il rend de nombreux services écosystémiques ne se limitant à la production alimentaire. En effet, le sol joue également un rôle important dans l’amélioration de la qualité de l’eau, la régulation du cycle des nutriments, la séquestration de carbone, la régulation de la température et l’atténuation des risques d’inondations. Toutefois, un usage intensif de celui-ci peut considérablement réduire la qualité du sol en épuisant son capital naturel de carbone organique, de matières organiques et autres nutriments. L’urbanisation croissante et le développement de l’agriculture urbaine font valoir l’importance de développer une agriculture urbaine durable préservant le sol, pourtant il existe encore peu d’étude sur le sujet.

Les chercheurs britanniques Jill L. Edmondson, Zoe G. Davies, Kevin J. Gaston et Jonathan R. Leake se sont intéressés à la qualité du sol dans 15 allotment (équivalent des jardins familiaux français) de la ville de Leicester (Royaume-Uni). 27 parcelles ont été échantillonnées dans chaque allotment. Leur étude Urban Cultivation in Allotments Maintains Soil Qualities Adversely Affected by Conventional Agriculture a été publiée en 2014 dans le Journal of Applied Ecology. Dans cette étude, les auteurs évaluent les propriétés des sols, incluant la concentration de carbone organique, la concentration d’azote totale, le ratio carbone-azote (C : N), et la densité du sol. Ces données sont comparées d’une part aux propriétés de sols agricoles, et d’autre part à celles d’autres espaces d’agriculture urbaine comme les potagers domestiques et les espaces verts (par exemple, les parcs urbains).

Les résultats de l’étude montrent que la densité de carbone organique est significativement plus élevée dans les sites d’agriculture urbaine que dans les sols agricoles. Cette observation est aussi valable pour la concentration d’azote totale et le ratio carbone/azote. Quant à la densité du sol, les résultats montrent une densité du sol plus faible dans les Allotment. La densité du sol augmente significativement avec la profondeur à travers tous les types d’initiatives d’agriculture urbaine étudiées par les chercheurs. Pour les auteurs, ces constats révèlent l’efficacité des pratiques agricoles des jardiniers urbains sur la qualité des sols.

Si les mesures ne montrent pas de différence dans la quantité de carbone organique entre les allotment et les espaces verts, ceux-ci contenaient moins de carbone organique que les potagers domestiques. Le type de végétation présente dans le jardin aussi un impact, la présence d’un arbre ou d’un arbuste fruitier étant gage d’une bonne quantité de carbone dans le sol. C’est la présence ou non d’arbres sur les espaces de culture qui influence le taux de carbone organique. De nombreuses autorités locales découragent ou interdisent la culture d’arbres fruitiers dans les allotment. L’absence d’arbre oblige donc les jardiniers à ajouter des intrants en carbone pour maintenir ou augmenter le stock de carbone organique. En effet, une majorité des jardiniers des allotment étudiés affirment avoir recours à des intrants de matière organique et de nutriments comme du fumier ou du compost à partir des déchets organiques du ménage pour augmenter les concentrations de carbone organique et d’azote total. Bien que l’ajout de compost soit une pratique bénéfique à la qualité des sols, d’autres pratiques mises en œuvre dans les allotment le sont moins. En effet, une majorité des répondants de cette étude avouent brûler la biomasse lente à composter (matières ligneuses) sur leur parcelle, ce qui induit une dégradation de la qualité de l’air.

Cette étude montre que le capital naturel des sols en agriculture urbaine est bien conservé et peut être comparée à celui d’un écosystème semi-naturel. Comme la qualité du sol est positivement associée à la régulation et au soutien des services écosystémiques, cela indique que les initiatives en agriculture urbaine peuvent jouer un rôle à ce niveau, et particulièrement les potagers domestiques. Par contre, des travaux de recherche sont encore nécessaires pour améliorer la gestion des intrants et les pratiques agricoles sur les parcelles de jardins communautaires ou collectifs afin de rendre leur culture plus durable et de permettre d’améliorer l’apport de leur sol à leurs services écosystémiques.

Source

Edmondson, J. L., Davies, Z. G., Gaston, K. J. et Leake, J. R. (2014). Urban Cultivation in Allotments Maintains Soil Qualities Adversely affected by Conventional Agriculture. Journal of Applied Ecology, 51(4), 880-889. doi: 10.1111/1365-2664.12254

 

Eric Duchemin
Eric Duchemin
Directeur scientifique et formation du Laboratoire sur l'agriculture urbaine (AULAB)

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Eric Duchemin (13 janvier 2021). La qualité des sols dans les projets d’agriculture urbaine et leurs apports en services écosystémiques. AgriUrbain. Consulté le 13 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/auhb


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